Moins d’huile de palme,
plus d’orangs-outans

Ces 20 dernières années, l'huile de palme a envahi nos placards. Biscuits, pâtes à tartiner, cosmétiques, apéritifs. L'esquiver est un véritable casse-tête.‍ Face aux scandales de la déforestation, les grandes marques ont trouvé la parade : l'huile de palme durable, dite RSPO. Réel impact ou greenwashing ? Difficile de démêler le vrai du faux.‍

Les multinationales investissent des millions pour détourner nos regards du terrain. Études, publicités, labels. Tous les moyens sont bons pour redorer son image auprès des citoyens.

Pour assouvir notre soif en huile de palme, 25 orangs-outans meurent chaque jour et 193 espèces sont menacées de disparaître. Les feux de forêts empoisonnent les populations locales. Des enfants sont contraints de travailler dans les plantations d’huile de palme.

Les gaz à effet de serre dégagés par les feux de forêts pèsent sur notre avenir. L’heure n'est plus aux études ou aux campagnes de sensibilisation, mais aux actions concrètes pour sauver tout ce qui peut encore l’être.

C'est quoi l'huile de palme ? 

L'huile de palme est une matière grasse végétale, extraite des fruits du palmier à huile.

📸 Wikipedia, champ de palmiers à huile

📸 Peter Nijenhuis, fruit de palmier

C’est l'huile la plus rentable au monde, loin devant l'huile d'olive ou de colza. Elle supporte les températures élevées et reste solide à température ambiante. Pour les industriels, c'est l'huile parfaite. En 10 ans, la production d’huile de palme a plus que doublé.

On la retrouve dans :

  • L'agroalimentaire (pâtes à tartiner, bouillons, biscuits)
  • La cosmétique (savons, parfums, crèmes)
  • Les agro-carburants (50% de l’utilisation d’huile de palme en Europe)

Dans quels pays on la trouve ? 

La Malaisie et l'Indonésie produisent 85% de l'huile de palme mondiale. L’Indonésie abrite 10% des forêts tropicales de la planète, des écosystèmes extrêmement riches d’espèces animales et végétales. Le pays compte l’une des faunes les plus diversifiées au monde. 15% du nombre total d’espèces de primates y sont recensés.‍

Dans un grand nombre des pays producteurs, c'est une huile indispensable à la cuisine locale. Semblable en France à l'huile d'olive ou au beurre.

Entre 1990 et 2019, plus de 10 000 000 d'hectares ont été consacré à la culture d'huile de palme, projetant l'Indonésie au rang de 3ème pays émetteur de gaz à effet de serre dans le monde en 2006, juste derrière les États Unis et la Chine.

Zoom sur l’île de Bornéo 

Bornéo est une île partagée entre la Malaisie et l'Indonésie au climat idéal pour la culture de l'huile de palme. Depuis 50 ans, la forêt ne cesse de reculer, défigurée par les plantations.

🔗 Évolution de la déforestation - PEACE (2007)

500 000 hectares de forêt tropicale disparaissent chaque année. L’équivalent d'un terrain de football qui part en fumée chaque minute.

Pour déforester, deux manières de faire existent. Couper le bois tropical pour le revendre. Ou brûler la forêt pour la transformer plus rapidement en parcelles cultivables.

En 50 ans, l’Indonésie a perdu plus de 50% de ses forêts. Près de 150 000 orangs-outans de Bornéo ont disparu à cause de la déforestation depuis les années 2000. Pour sauver ce qu'il reste de la forêt tropicale, nous devons stopper la demande en huile de palme qui ne cesse de grimper.

Petit guide de la déforestation 

Pour sauver la forêt, il faut en finir avec le fantasme d’une forêt qui n’appartient à personne. La déforestation est une activité commerciale organisée.

En Amazonie, en Indonésie ou en Malaisie, la plupart des forêts sont régies par des plans d’occupation des sols. Des cadastres. Les terres forestières ont des statuts. Les compagnies d’huile de palme portent des noms. Leurs méthodes pour déforester sont connues :

La méthode classique

  • Rachat de la parcelle auprès des communautés locales
  • Permis pour couper les arbres tropicaux et revendre le bois
  • Défrichage et transformation de la parcelle en plantation

La méthode classique

  • Inciter les communautés locales à brûler leurs parcelles
  • Rachat de la parcelle défrichée, prête à planter
  • Obtention de la certification 0 déforestation dans certains cas

Une fois plantés, les producteurs de palmiers à huile utilisent un herbicide chimique : le paraquat.‍ Un pesticide hautement toxique encore utilisé dans les plantations malgré son interdiction par l’Union européenne.

L’huile de palme durable est un mythe 

Créée en 2004, l'huile de palme durable, ou "Roundtable for Sustainable Palm Oil" (dite RSPO), s’est donnée pour mission de produire sans recourir à la déforestation.‍ L'organisation inclut des milliers d’adhérents : producteurs d’huile de palme, négociants, entreprises de la grande consommation, de la grande distribution, banques et investisseurs, ainsi que des ONG (comme WWF).

Un projet intéressant sur le papier, qui en réalité ne tient pas ses engagements : la « RSPO » n’est pas en mesure d’effectuer des contrôles sur le terrain. Elle se fonde uniquement sur des études d’impact réalisées par des bureaux d’études accrédités par la RSPO elle-même.

Depuis 2013, les feux de forêts se multiplient en Indonésie : la concentration de particules dans l’air a atteint des niveaux alarmants, forçant les familles à se cloîtrer chez elles, les aéroports et les écoles à fermer.

📸 Greenpeace

📸 International Animal Rescue

Les feux de forêts volontaires ayant pour but de planter des palmiers mettent en danger la santé de près de 10 millions d’enfants selon l’Unicef. On a recensé plus de 500 000 cas de problèmes respiratoires et 200 000 morts prématurées sur l'année 2015.‍

À Sumatra, Elsa Fitaloka, âgée de 4 mois, est morte d’une pneumonie associée à une méningite. Des bactéries véhiculées par des particules de fumée.‍

Les industriels n'ont pas d'intérêt à changer leurs méthodes de production face à une demande qui ne cesse de grandir. Plus la demande en huile augmente, plus la forêt est brûlée.

25 orang-outans meurent chaque jour

En 2018, à cause des violents incendies qu’a connu l'Indonésie (les pires depuis les feux de forêts dévastateurs de 2015), les orangs-outans se retrouvent contraints de fuir leur territoire.

Ceux qui ne finissent pas brûlés se réfugient dans les champs d'huile de palme. Ensuite chassés par les fermiers mécontents, les plus chanceux finissent capturés pour être revendus. Les autres sont abattus.

En Indonésie et en Malaisie, les associations dénoncent la corruption et le manque de moyens déployés pour protéger la biodiversité. La déforestation est un business juteux qui menace 193 espèces de disparition. Si rien n'est fait d'ici 10 ans, nos cousins les orangs-outans auront totalement disparu de la nature.‍

Des enfants esclaves de nos caddies ? 

Le cas Wilmar, numéro 1 mondial de l'huile de palme, qui fournit des grandes marques comme : Nestlé (avec ses marques Maggie, Kit Kat, La Laitière), Procter and Gamble (avec ses marques Head & Shoulders, Gilette), ou encore Unilever (avec ses marques Lu, Knor, Fruit d'Or).

Amnesty s’est entretenue avec 120 ouvriers qui travaillent dans des plantations appartenant à deux filiales et trois fournisseurs de Wilmar. L'enquête a révélé que :

  • Des enfants âgés de huit ans pour les plus jeunes y font un travail dangereux et difficile physiquement. Ils abandonnent parfois l’école pour aider leurs parents dans les plantations.
  •  Des femmes sont forcées à travailler pendant de longues heures sous peine de voir leur salaire réduit. Elle n'auront ni le droit à une retraite, ni à une assurance maladie.
  • Des ouvriers sont contraints de travailler sans tenue de protection adaptée malgré les risques de dégâts respiratoires, causés par les pesticides et les feux de forêts.

📸 One Green Planet

📸 Flicker User Waxx

C'est cette même huile de palme, issue de l'exploitation d'enfants, qui est parfois certifiée "durable" et "responsable" par l'organisme RSPO. Début 2022, un membre du label depuis 2004 à encore été épinglé pour travail forcé dans ses plantations de palmiers.

Boycotter l'huile de palme, ce n'est pas seulement lutter contre la déforestation. C'est défendre l'interêt de populations fragiles face à des industriels qui bafouent les droits humains pour gaver leurs actionnaires.

Vrai ou faux sur l’huile de palme 

« L’huile de palme fait vivre des milliers de personnes »

C'est vrai, mais...

Nombreuses sont les grandes marques qui se vantent de travailler avec des petits producteurs. Mais comme en France, ce sont les industriels qui fixent le prix d'achat de l'huile de palme, et pour accroître leurs bénéfices, ils tirent les prix vers le bas.

Les paysans sont mal payés, pour certains exploités. Forcés de faire travailler leurs enfants pour s'en sortir, voire de céder leur terrain aux compagnies d'huile de palme. Le business de l'huile de palme est juteux. Les bénéfices sont captés par une poignée de multinationales.

Bien souvent, les populations locales sont dépossédées de leurs terres, sous pression des industriels et des gouvernements. Wilmar, un industriel agroalimentaire producteur d'huile de palme, à enregistré 44 milliards dollars de chiffres d'affaire en 2018.

« Pour produire une autre huile, il faudrait 8 à 9 fois plus de surface cultivable »

C'est vrai, mais...

L'huile de palme n'est pas indispensable pour de nombreux produits. Les industriels l'utilisent pour son extrême rentabilité. Elle remplace le beurre dans certains gâteaux. Ou donne de la texture aux pâtes à tartiner contenant peu de noisettes.‍

Plutôt que de chercher à la remplacer par une autre huile, plus nocive pour l'environnement, nous devrions chercher à réduire notre consommation d'huile en général.‍ Que ce soit pour la planète, ou pour notre santé, nous devons privilégier les produits qui ne contiennent pas ou très peu d'huile ajoutée, ou à défaut favoriser les productions bios et locales.

Nous consommons 2,5 à 3 fois plus de calories que ce qui est recommandé par l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé).

« Ça ne changera rien si j'arrête de consommer de l'huile de palme au quotidien »

C'est faux !

Entre 2010 et 2020, la demande en huile de palme à doublé. Pour répondre à une demande qui ne cesse de grimper, les industriels brûlent la forêt pour planter.‍

Boycotter les produits qui contiennent de l'huile de palme participe à freiner la demande, et donc à ralentir la déforestation.‍ Boycotter un produit irresponsable, pour l'humain et planète, permet d'envoyer aux industriels un message fort : changez vos mauvaises habitudes, ou disparaissez.

Avec une campagne de boycott contre Lu pour son utilisation de l'huile de palme, on estime le manque à gagner annuel de la société à plus de 1,8 millions d'euros.

« L'huile de palme est consommée depuis des millénaires dans certains pays »

C'est vrai

Dans de nombreux pays, l'huile de palme est semblable au beurre ou à l'huile l'olive. C'est un apport nutritif essentiel aux populations locales.‍

En revanche, en France, l'huile de palme est utilisée pour les produits transformés, non essentiels à notre survie. Il est donc tout à fait possible de la bannir de notre système de production alimentaire.

On retrouve par exemple de l'huile de palme dans les bouillons de légumes et de volaille de la célèbre marque Maggi, des nouilles, ou encore des céréales.

« L'huile de palme durable garantit des plantations zéro-déforestation »

C'est faux !

L'huile de palme responsable, dite RSPO, garantirait une huile durable pour les industriels. En réalité, l'appellation RSPO est très loin de tenir ses promesses de durabilité.‍

L'organisme RSPO (Roundtable for Sustainable Palm Oil) n’est pas en mesure d’effectuer des contrôles sur le terrain. Il se fonde uniquement sur des études d’impact environnemental et sociétal réalisées par des bureaux d’étude accrédités par la RSPO elle-même.

En 2016, l'une des ONG membre de la RSPO quitte l'organisation en dénonçant son inaction et son manque d'intégrité. Les producteurs et les transformateurs d’huile de palme peuvent devenir membres de la RSPO même si leurs opérations ne sont pas certifiées.

L'association Kalaweit se bat depuis 20 ans pour protéger la forêt tropicale
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